Non à la pensée unique ! Oui à la liberté

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Un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront (Louis Aragon)

A la poésie, l'art, la musique, la littérature, la sagesse, au romantisme
toutes ces choses qui font que la vie vaut la peine d'être vécue !

Merci. Coucou et merci
 
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Alfred de MUSSET

Si vous n'avez pas peur de ce pome fleuve !

Lisez, lisez d'un coup cette admirable oeuvre.

C'est coment dirions-nous ? dirons-nous tonnant. ?

Etonnant est le mot qui qualifie ce chant.

 

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Source : Litterature audio

 

 


Posies nouvelles

Dupond et Durand

DURAND

Mnes de mes aeux, quel embarras mortel !
J'invoquerais un dieu, si je savais lequel.
Voil bientt trente ans que je suis sur la terre,
Et j'en ai pass dix chercher un libraire.
Pas un tre vivant n'a lu mes manuscrits,
Et seul dans l'univers je connais mes crits.


DUPONT

Par l'ombre de Brutus, quelle fcheuse affaire !
Mon ventre est plein de cidre et de pommes de terre.
J'en ai l'me engourdie, et, pour me rveiller,
Personne qui parler des oeuvres de Fourier !
En quel temps vivons-nous? Quel dner dplorable !


DURAND

Que vois-je donc l-bas ? Quel est ce pauvre diable
Qui dans ses doigts transis souffle avec dsespoir;
Et rde en grelottant sous un mince habit noir ?
J'ai vu chez Flicoteaux ce piteux personnage.


DUPONT

Je ne me trompe pas. Ce morne et plat visage,
Cet oeil sombre et penaud, ce front proccup,
Sur ces longs cheveux gras ce grand chapeau rp...
C'est mon ami Durand, mon ancien camarade.


DURAND

Est-ce toi, cher Dupont ? Mon fidle Pylade,
Ami de ma jeunesse, approche, embrassons-nous.
Tu n'es donc pas encore l'hpital des fous ?
J'ai cru que tes parents t'avaient mis Bictre


DUPONT

Parle bas. J'ai saut ce soir par la fentre,
Et je cours en cachette crire un feuilleton.
Mais toi, tu n'as donc pas ton lit Charenton ?
L'on m'avait dit pourtant que ton rare gnie...


DURAND

Ah! Dupont, que le monde aime la calomnie!
Quel ingrat animal que ce sot genre humain,
Et que l'on a de peine faire son chemin!


DUPONT

Frre, qui le dis-tu ? Dans le sicle o nous sommes
Je n'ai que trou connu ce que valent les hommes.
Le monde, chaque jour, devient plus entt
Et tombe plus avant dans l'imbcillit.


DURAND

Te souvient-il, Dupont, des jours de notre enfance,
Lorsque, riches d'orgueil et pauvres de science,
Rosss par un sous-maitre et toujours paresseux,
Dans la crasse et l'oubli nous dormions tous les deux ?
Que ces Sciure bienheureux sont chers ma mmoire !


DUPONT

Paresseux! Tu l'as dit. Nous l'tions avec gloire
Ignorants, Dieu le sait! Ce que j'ai fait depuis
A montr clairement si j'avais rien appris.
Mais quelle douce odeur avait le rfectoire!
Ah ! Dans ce temps du moins je pus manger et boire !
Courb sur mon pupitre, en secret je lisais
Des bouquins de rebut achets au rabais.
Barnave et Desmoulins m'ont valu des frules;
De l'aimable Saint-Just les touchants opuscules
Reposaient sur mon coeur, et je tendais la main
Avec la dignit d'un snateur romain.
Tu partageas mon sort, tu manquas tes tudes.


DURAND

Il est vrai, le gnie a ses vicissitudes.
Mon crne ossianique, aux lauriers destin,
Du bonnet d'ne alors fut parfois couronn
Mais l'on voyait dj ce dont j'tais capable.
J'avais d'crivailler une rage incurable;
Honni de nos pareils, moulu de coups de poing,
Je rimais l'cart, accroupi dans un coin.
Ds l'ge de quinze ans, sachant peine lire,
Je dvorais Schiller, Dante, Goethe, Shakespeare
Le front me dmangeait en lisant leurs crits.
Quant ces polissons qu'on admirait jadis,
Tacite, Cicron. Virgile. Horace, Homre,
Nous savons, Dieu merci ! Quel cas on en peut faire.
Dans les secrets de l'art prompt m'initier,
Ma muse, en bgayant, tentait de plagier;
J'adorais tour tour l'Angleterre et l'Espagne
L'Italie, et surtout l'emphatique Allemagne.
Que n'euss-je pas fait pour savoir le patois
Que le savetier Sachs mit en gloire autrefois !
J'aurais certainement produit un grand ouvrage.
Mais, forc de parler notre ignoble langage,
J'ai du moins fait serment, tant que j'existerais
De ne jamais crire un livre en bon franais;
Tu me connais, tu sais si j'ai tenu parole.


DUPONT

Quand arrive l'hiver, l'hirondelle s'envole,
Ainsi s'est envol le trop rapide temps
O notre ventre a jeun put compter sur nos dents
Quels beaux crotons de pain coupait la mnagre !


DURAND

N'en parlons plus; ce monde est un lieu de misre.
Sois franc, le t'en conjure. Et dite moi destin
Que fis-tu tout d'abord loin du Quartier latin ?


DUPONT

Quand ?


DURAND

Lorsqu' dix-neuf ans tu sortis du collge.


DUPONT

Ce que je fis ?


DURAND

Oui, parle.


DUPONT

Eh! Mon ami, qu'en sais-je ?
J'ai fait ce que l'oiseau fait en quittant son nid,
Ce que put le hasard et ce que Dieu permit.


DURAND

Mais encor?


DUPONT

Rien du tout. J'ai fln dans les rues;
J'ai march devant moi, libre, bayant aux grues;
Mal nourri, peu vtu, couchant dans un grenier,
Dont je dmnageais ds qu'il fallait payer,
De taudis en taudis, colportant ma misre,
Ruminant de Fourier le rve humanitaire,
Empruntant et l le plus que je pouvais,
Dpensant un cu sitt que je l'avais,
Dlayant de grands mots en phrases insipides,
Sans chemise et sans bas, et les poches si vides,
Qu'il n'est que mon esprit au monde d'aussi creux;
Tel je vcus, rp, sycophante, envieux.


DURAND

Je le sais; quelquefois, de peur que tu ne meures,
Lorsque ton estomac criait: Il est six heures!
J'ai dans ta triste main gliss, non sans regret,
Cinq francs que tu courais perdre chez Bnazet.
Mais que fis-tu plus tard? Car tu n'as pas, je pense,
Men jusqu'aujourd'hui cette affreuse existence?


DUPONT

Toujours! J'atteste ici Brutus et Spinoza
Que je n'ai jamais eu que l'habit que voil!
Et comment en changer? A qui rend-on justice?
On ne voit qu'intrt, convoitise, avarice.
J'avais fait un projet... Je te le dis tout bas...
Un projet! Mais au moins tu n'en parleras pas
C'est plus beau que Lycurgue, et rien d'aussi sublime
N'aura jamais paru Si Ladvocat m'imprime.
L'univers, mon ami, sera boulevers,
On ne verra plus rien qui ressemble au pass;
Les riches seront gueux et les nobles infmes;
Nos maux seront des biens, les hommes seront femmes,
Et les femmes seront tout ce qu'elles voudront.
Les plus vieux ennemis se rconcilieront,
Le Russe avec le Turc, l'Anglais avec la France,
La foi religieuse avec l'indiffrence,
Et le drame moderne avec le sens commun.
De rois, de dputs, de ministres, pas un
De magistrats, nant; de lois, pas davantage.
J'abolis la famille et romps le mariage;
Voil. Quant aux enfants, en feront qui pourront.
Ceux qui voudront trouver leurs pres chercheront.
Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,
Ni forts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes
Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,
Nous les dmolirons, comblerons, brlerons.
Ce ne seront partout que houilles et bitumes,
Trottoirs, masures, champs plants de bons lgumes,
Carottes, fves, pois, et qui veut peut jener,
Mais nul n'aura du moins le droit de bien diner.
Sur deux rayons de fer un chemin magnifique
De Paris Pkin ceindra ma rpublique.
L, cent peuples divers, confondant leur jargon,
Feront une Babel d'un colossal wagon.
L, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu'aux os les muscles de la terre.
Du haut de ce vaisseau les hommes stupfaits
Ne verront qu'une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une cuelle;
L'humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe ras, sans barbe ni cheveux,
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Quel projet, mon ami! Quelle chose admirable !
A d'aussi vastes plans rien est-il comparable ?
Je les avais crits dans mes moments perdus.
Croirais-tu bien, Durand, qu'on ne les a pas lus ?
Que veux-tu! Notre sicle est sans yeux, sans oreilles
Offrez-lui des trsors, montrez-lui des merveilles
Pour aller la Bourse, il vous tourne le dos.
Ceux-l nous font des lois, et ceux-ci des canaux;
On aime le plaisir, l'argent, la bonne chre;
On voit des fainants qui labourent la terre;
L'homme de notre temps ne veut pas s'clairer,
Et j'ai perdu l'espoir de le rgnrer.
Mais toi, quel fut ton sort ? A ton tour sois sincre.


DURAND

Je fus d'abord garon chez un vtrinaire.
On me donnait par mois dix-huit livres dix sous;
Mais il me dplaisait de me mettre genoux
Pour graisser le sabot d'une bte malade,
Dont je fus maintes fois pay d'une ruade.
Fatigu du mtier, je rompis mon licou,
Et, confiant en Dieu, j'allai sans savoir o.
Je m'arrtai d'abord chez un marchand d'estampes :
Qui pour certains romans faisait des cul-de-lampe.
J'en fis pendant deux ans; dans de mchants crits
Je glissais ttons de plus mchants croquis.
Ce travail ignor me servit par la suite;
Car je rendis ainsi mon esprit parasite,
L'accoutumant au vol, le greffant sur autrui.
Je me lassai pourtant du rle d'apprenti.
J'allai dner un jour chez le pre la Tuile;
J'y rencontrai Dubois, vaudevilliste habile,
Grand buveur, comme on sait, grand chanteur de couplets,
Dont la gat vineuse emplit les cabarets.
Il m'apprit l'orthographe et corrigea mon style.
Nous fmes nous deux le quart d'un vaudeville,
Aux thtres forains lequel fut prsent
Et refus partout al unanimit.
Cet chec me fut dur, et je sentis ma bile
Monter en bouillonnant mon cerveau strile.
Je rsolus d'crire, en rentrant au logis,
Un ouvrage quelconque et d'tonner Paris.
De la soif de rimer ma cervelle obsde
Pour la premire fois eut un semblant d'ide.
Je tirai mon verrou, j'eus soin de m'entourer
De tous les crivains qui pouvaient m'inspirer.
Soixante in-octavos inondrent ma table.
J'accouchai lentement d'un pome effroyable.
La lune et le soleil se battaient dans mes vers,
Vnus avec le Christ y dansait aux enfers.
Vois combien ma pense tait philosophique:
De tout ce qu'on a fait, faire un chef-duvre unique,
Tel fut mon but: Brahma, Jupiter, Mahomet,
Platon, Job, Marmontel, Nron et Bossuet,
Tout s'y trouvait; mon oeuvre est l'immensit mme.
Mais le point capital de ce divin pome,
C'est un choeur de lzards chantant au bord de l'eau.
Racine n'est qu'un drle auprs d'un tel morceau.
On ne m'a pas compris; mon livre symbolique,
Poudreux, mais vierge encor, n'est plus qu'une relique.
Dsolant rsultat! Triste virginit !
Mais vers d'autres destins je me vis emport.
Le ciel me conduisit chez un vieux journaliste,
Charlatan ruin, jadis sminariste,
Qui, dix fois dans sa vie bon march vendu,
Sur les honntes gens crachait pour un cu.
De ce digne vieillard j'endossai la livre.
Le fiel suintait dj de ma plume altre;
Je me sentais renatre et mordis au mtier.
Ah! Dupont, qu'il est doux de tout dprcier!
Pour un esprit mort-n, convaincu d'impuissances
Qu'il est doux d'tre un sot et d'en tirer vengeance !
A quelque vrai succs lorsqu'on vient d'assister
Qu'il est doux de rentrer et de se dbotter,
Et de dpecer l'homme, et de salir sa gloire,
Et de pouvoir sur lui vider une critoire,
Et d'avoir quelque part un journal inconnu
O l'on puisse plaisir nier ce qu'on a vu!
Le mensonge anonyme est le bonheur suprme.
crivains, dputs, ministres, rots, Dieu mme,
J'ai tout calomni pour apaiser ma faim.
Malheureux avec moi qui jouait au plus : fin !
Courait-il dans Paris une histoire secrte ?
Vite je l'imprimais le soir dans ma gazette,
Et rien ne m'chappait. De la rue au salon,
Les graviers, en marchant, me restaient au talon.
De ce temps scandaleux j'ai su tous les scandales,
Et les ai raconts. Ni plaintes ni cabales
Ne m'eussent fait flchir, sois-en bien convaincu
Mais tu rves, Dupont; quoi donc penses-tu?


DUPONT

Ah! Durand ! Du moins si j'avais un coeur de femme
Qui st par quelque amour consoler ma grande me !
Mais non; j'tale en vain mes grces dans Paris.
Il en est de ma peau comme de tes crits;
Je l'offre tout venant et personne n'y touche.
Sur mon grabat dsert en grondant je me couche,
Et j'attends;-rien ne vient.-C'est de quoi se noyer


DURAND

Ne fais-tu rien le soir pour te dsennuyer?


DUPONT

Je joue aux dominos quelquefois chez Procope.


DURAND

La foi! Cest un beau jeu. L'esprit s'y dveloppe;
Et ce n'est pas un homme faire un quiproquo.
Celui qui juste point sait faire domino.
Entrons dans un caf. C'est aujourd'hui dimanche


DUPONT

Si tu veux me tenir quinze sous sans revanche,
J'y consens.


DURAND

Un instant! Commenons par jouer
La consommation d'abord pour essayer
Je vais boire tes frais, pour sr, un petit verre.


DUPONT

Les liqueurs me font mal. Je n'aime que la bire
Qu'as-tu sur toi ?


DURAND

Trois sous.


DUPONT

Entrons au cabaret.


DURAND

Aprs vous.


DUPONT

Aprs vous.


DURAND

Aprs vous, s'il vous plat.


Juillet 1838
Dupond et Durand posie dAlfred de Musset

 

 

Musset Dupond et Durand

Vous tes responsables de ce que vous crivez, sachez rester correcte. Merci de respecter la loi et les personnes.

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