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Un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront (Louis Aragon)

A la poésie, l'art, la musique, la littérature, la sagesse, au romantisme
toutes ces choses qui font que la vie vaut la peine d'être vécue !

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Victor Hugo Booz endormi

  

Booz endormi

 

Booz s'tait couch de fatigue accabl ;
Il avait tout le jour travaill dans son aire ;
Puis avait fait son lit sa place ordinaire ;
Booz dormait auprs des boisseaux pleins de bl.

 

Ce vieillard possdait des champs de bls et d'orge ;
Il tait, quoique riche, la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

 

Sa barbe tait d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'tait point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
- Laissez tomber exprs des pis, disait-il.

 

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vtu de probit candide et de lin blanc ;
Et, toujours du ct des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

 

Booz tait bon matre et fidle parent ;
Il tait gnreux, quoiqu'il ft conome ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

 

Le vieillard, qui revient vers la source premire,
Entre aux jours ternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumire.

 

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Prs des meules, qu'on et prises pour des dcombres,
Les moissonneurs couchs faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps trs anciens.

 

Les tribus d'Isral avaient pour chef un juge ;
La terre, o l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de gants qu'il voyait,
Etait mouille encore et molle du dluge.

 

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux ferms, gisait sous la feuille ;
Or, la porte du ciel s'tant entre-bille
Au-dessus de sa tte, un songe en descendit.

 

Et ce songe tait tel, que Booz vit un chne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chane ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

 

Et Booz murmurait avec la voix de l'me :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vnt ?
Le chiffre de mes ans a pass quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

 

" Voil longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
0 Seigneur ! a quitt ma couche pour la vtre ;
Et nous sommes encor tout mls l'un l'autre,
Elle demi vivante et moi mort demi.

 

" Une race natrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

 

Mais vieux, on tremble ainsi qu' l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, mon Dieu ! mon me vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

 

Ainsi parlait Booz dans le rve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noys ;
Le cdre ne sent pas une rose sa base,
Et lui ne sentait pas une femme ses pieds.

 

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'tait couche aux pieds de Booz, le sein nu,
Esprant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du rveil la lumire subite.

 

Booz ne savait point qu'une femme tait l,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

 

L'ombre tait nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurment,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

 

La respiration de Booz qui dormait
Se mlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On tait dans le mois o la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

 

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe tait noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bont tombait du firmament ;
C'tait l'heure tranquille o les lions vont boire.

 

Tout reposait dans Ur et dans Jrimadeth ;
Les astres maillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait l'occident, et Ruth se demandait,

 

Immobile, ouvrant l'oeil moiti sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'ternel t,
Avait, en s'en allant, ngligemment jet
Cette faucille d'or dans le champ des toiles.

 

Victor Hugo (1802-1885)

 

Booz endormi

 

Extraits

 

Booz s'tait couch de fatigue accabl ;
Il avait tout le jour travaill dans son aire ;
Puis avait fait son lit sa place ordinaire ;
Booz dormait auprs des boisseaux pleins de bl.

                                                                                        

...                                                                                

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
...
Et ceci se passait dans des temps trs anciens.

...  

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
...
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

...

 

L'ombre tait nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurment,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

 

...

Une immense bont tombait du firmament ;
C'tait l'heure tranquille o les lions vont boire.

 

Tout reposait dans Ur et dans Jrimadeth ;
... 

Victor Hugo (1802-1885)

 

 

Booz aura un enfant avec Ruth la Moabite et de cet enfant le roi David sera le descendant.
(Pauvre Golhiat !)

 

 

 

 

 

Victor Hugo Booz

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