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Un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront (Louis Aragon)

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AGATHA CHRISTIE 

Née à Torquay le 15 septembre 1890.
A Wallingford le 12 janvier 1976 à 86 ans, la reine incontestée du roman policier rejoignait toutes les victimes qu'elle avait exécutées sous sa plume. 

 
Agatha Miller, Christie, Mallowan

Agatha%20Christie%20en%201946Malgré la mort prématurée de son père, la petite Agatha Miller passe une enfance heureuses. Et bien que les encouragements maternels la laissent écrire très jeune, elle se tourne vers la musique. A 16 ans, elle débarque à Paris pour prendre des cours de chant et de piano. Mais l'expérience tourne court, la timidité excessive de la jeune fille l'empêche de poursuivre dans cette voie.

 

En 1914, elle épouse Archibald Christie. Il part à la guerre et laisse sa femme jouer les infirmières à l'hôpital de Torquay, sa ville natale. C'est là, à la suite d'un pari avec sa sœur, qu'elle écrit son premier roman, 'La Mystérieuse Affaire de Styles', qui ne trouvera un éditeur qu'en 1920. C'est en 1926 qu'elle trouve son public, avec la parution du 'Meurtre de Roger Ackroyd'. Premier best-seller.

 
Célèbre et mariée, on se dit que tout va bien. S'ensuit pourtant une période difficile, charnière dans la vie de Madame Christie. Sa mère, dont elle est très proche, décède, et, après 14 ans de mariage, son mari lui préfère une femme plus jeune. Pour ne rien arranger, l'inspiration se tarit. Déboussolée, suicidaire selon certains, l'écrivain renommée disparaît. On retrouve sa voiture, vide. On remarque des lettres inquiétantes et paranoïaques envoyées à son mari et à la police. Onze jours plus tard, et 15.000 bénévoles mobilisés, on la retrouve sous un nom d'emprunt. Amnésie passagère ? Coup de pub ? Jamais la romancière ne donnera d'explications. Elle file se ressourcer, seule, dans l'orient-Express. Arrivée en Irak, elle rencontre l'homme de sa vie, l'archéologue Max Mallowan, de 15 ans son cadet. Une histoire d'amour heureuse et durable, le retour de l'inspiration et la découverte de nouveaux paysages à mettre en scène ('Mort sur le Nil', 'Le Crime de l'orient-Express', 'Meurtre en Mésopotamie'). Cette fois, Agatha Christie est lancée.


Le détective d'Agatha Christie se nomme Hercule Poirot. Un nom étrange pour un héros étrange. Petit, rondouillard, les cheveux teints, âgé, nous sommes bien loin des critères habituels de l'enquêteur, comme le souligne son ironique prénom. Poirot est maniaque, vaniteux, orgueilleux, et semble parfois plus concerné par l'entretien de sa sublime moustache que par les énigmes qui se présentent à lui. Il frise le ridicule, ce qui incite ses ennemis à le sous-estimer - à tort évidemment. C'est sans doute ce côté si humain qui fait de l'enquêteur belge un personnage si profond et si attachant pour le lecteur. Miss Christie regrettera d'ailleurs amèrement de l'avoir créé sexagénaire, ignorant le succès qui attendait ses écrits.

 
Ce personnage novateur entraîne une intrigue elle aussi innovante. Les micro-indices décelés par Sherlock Holmes laissent place aux cheminements psychologiques, à l'étude des relations entre victime et suspect. Le meurtre devient plus qu'un simple événement, il est l'étincelle qui naît du télescopage de deux existences, de la rencontre de deux êtres. Parfois, le crime est si vieux que les indices ont disparu ('Cinq petits cochons'), seul l'intellect peut échafauder la solution. Poirot est ainsi un personnage très contemplatif : "Je ne me lance pas à la recherche d'empreintes digitales sur les lieux du crime, je ne cours pas de partout comme un chien policier explique-t-il, je m'assois et je réfléchis".

Miss Jane Marple fait, quant à elle, son apparition dans 'L'affaire prothéore' en 1930. Elle est une interprète des comportements humains. Elle connait toujours une histoire qui s'est passée dans son village campagnard ou les comportements et les mobiles des personnes furent similaires à ceux du mystérieux crime qu'elle s'amuse à résoudre.

Elle sait installer un décor paisible, le cottage anglais cliché, la maison de famille soporifique, le tout dans un conformisme social caricatural. Cela pourrait être n'importe où. Pourtant... Derrière les rideaux de velours et les salons douillets se dissimulent coups de couteaux, empoisonnements, meurtres à l'arme à feu ou accidents plus que louches. Dans l'univers d'Agatha, l'homme est un assassin en puissance, personne n'est immunisé contre les sentiments les plus noirs. Les rôles peuvent s'inverser, permuter, le bien et le mal ne sont pas figés. De la bonne au lord, tous sont suspects. 

Agatha Christie a instauré les règles classiques, théâtrales, du roman policier. Chacun de ses romans obéit à un cérémonial bien précis. Le meurtre (ou le délit), l'enquête, puis le dénouement durant lequel Poirot ou son équivalent expose les rouages des événements devant une assistance composée de tous les personnages.

Le style reste calme, posé, Agatha prend son temps. Le tour de force de l'écrivain est, en gardant le même schéma, de se renouveler sans arrêt. Ce qui modèle cette course à la surprise est liée à un personnage primordial dans l'oeuvre de la reine du crime : le lecteur.

Impossible ou presque, sauf coup de chance, de trouver le coupable avant qu'il ne nous soit révélé. Il faut dire que celle que l'on connaît sous les traits d'une gentille vieille dame aux cheveux blancs a poussé à l'extrême sa recherche machiavélique du crime parfait. C'est un véritable duel que se livrent auteur et lecteur/enquêteur. Agatha Christie a tout imaginé : un coupable si suspect qu'on l'avait innocenté, un coupable mort, un coupable multiple, un coupable narrateur (extraordinaire exploit narratif) et même un coupable enquêteur. Le crime est chaque fois plus parfait et devient presque un art.

Dans ce jeu du chat et de la souris avec son public, l'anglaise s'arrange pour que nous ayons toutes les cartes en main, les détails du meurtre et du décor sont racontés avec une précision incroyable. Il n'y a que cinq ou six personnes ayant pu commettre le meurtre et chacune semble à la fois coupable et innocente. L'assassin est dissimulé derrière des nuées de fausses pistes et de culs-de-sac... Hastings, faire-valoir de Poirot comme Watson pour Holmes, est le reflet de ce lecteur qui piétine, qui a tout sous les yeux mais qui ne voit rien. Et lorsque, à travers Poirot, la romancière raille la naïveté d'Hastings, c'est du lecteur qu'elle se moque. Quand elle ne le provoque pas directement dans ses préfaces. L'humour de celle qui a déclaré que son mari archéologue était idéal "car il aimait les vieilles choses", en faisant référence à leur différence d'âge, est toujours présent, par petites touches, dans ses récits. Surtout dans ses nouvelles d'ailleurs, malheureusement moins connues, où sa plume noire et sarcastique fait des merveilles.

Trente ans après sa mort, Agatha Christie figure toujours en tête des ventes et est, avec Shakespeare et Rowling, l'auteur anglais le plus vendu. Plus de deux milliards de ses ouvrages se sont écoulés, traduits en 57 langues. Le Masque, la légendaire maison d'édition qui doit beaucoup à la romancière anglaise, vend à lui seul plus de 250.000 exemplaires des romans d'Agatha Christie chaque année - sans compter les ventes du Livre de poche. La France est l'un des pays où les ventes sont les plus fortes, 40 millions de livres écoulés entre 1953 et 2003, et ce malgré des traductions et retraductions de qualité variable. Celle que la reine fit "Dame de l'empire britannique" en 1971 possède également le record de l'histoire du théâtre de la pièce jouée le plus longtemps, sans interruption, avec 'La Souricière' - à l'affiche à Londres plus de 30 ans.

 
Il faut dire que rarement un auteur aura été aussi prolifique, Agatha Christie écrivant jusqu'à 4 livres en une année. Dans son autobiographie, elle va jusqu'à se décrire comme "une machine à saucisses : dès qu'une intrigue a été mise en forme, une autre s'amorce et je me remets au travail". Grâce à cette régularité, son éditeur était capable de promettre chaque année "a Christie for Christmas". Les ventes sont telles qu'elle cède les droits de certains de ses romans à des amis ou des associations. Au final, elle noircit les pages de 70 romans policiers, 20 pièces de théâtre, 150 nouvelles, 4 essais... et 6 ouvrages dits "romantiques", signés du pseudonyme Mary Westmacott - dont 'Loin de vous ce printemps', qu'elle décrit comme le seul livre qui l'ait complètement satisfaite.
La symbiose qui s'était créée entre la reine du policier et ses personnages est frappante. 'Poirot quitte la scène' fut rédigé dès 1940 mais conservé dans un coffre fort de banque jusqu'à la mort d'Agatha en 1976. Charge à ses héritiers de faire paraître à sa mort le roman dans lequel meurt son héros... Impossible de rêver meilleure mise en scène.

Extraits d'un article de Mikaël Demets pour Evene.fr - Janvier 2006

 Les livres d'Agatha Christie

- A l'hôtel Bertram
- ABC contre Poirot
- Allo, Hercule Poirot
- Cartes sur table
- Christmas pudding
- Cinq heures vingt-cinq
- Cinq petits cochons

- Destination inconnue
- Drame en trois actes
- Je ne suis pas coupable
- Jeux de glaces
- L'affaire Prothéroe
- L'heure zéro
- L'homme au complet marron
- La dernière énigme
- La fête du potiron
- La maison biscornue
- La maison du péril

- la mystérieuse affaire de style   (Son premier roman)
- La mort dans les nuages
- La mort n'est pas une fin
- La nuit qui ne finit pas
- La troisième fille
- Le bal de la victoire
- Le chat et les pigeons
- Le cheval à bascule         (Le dernier roman de son vivant)
- Le cheval pâle
- Le couteau sur la nuque
- Le Crime de l'orient-Express
- Le crime du Golf
- Le crime est notre affaire
- Le flambeau
- Le flux et le reflux
- Le major parlait trop
- Le meurtre de Roger Ackroyd

- Le miroir se brisa
- Le mystérieux Mr Quinn
- Le noël d'Hercule Poirot
- Le retour d'Hercule Poirot
- Le secret de Chimmeeys
- Le train bleu
- Le train de 16h50
- Le vallon              (Mon préféré)

- Les dix petits nègres (Ils sont 10 sur une île, la tempête les coupe du continent et pourtant ils mourront tous les 10)

- Les douze travaux d'Hercule Poirot
- Les enquêtes d'Hercule Poirot
- Les indiscrétions d'Hercule Poirot
- Les pendules
- Les quatre
- Les sept cadrans
- Les vacances d'Hercule Poirot
- M. Parker Pyne, professeur du bonheur
- Meurtre au soleil
- Meurtre en Mésopotamie
- Meurtre au champagne
- Miss Marple au club du mardi
- Mister Brown
- Mme Mc Ginty est morte
- Mon petit doigt m'a dit
- N ou M ?
- Némésis
- Passager pour Francfort
- Pension Vanilos
- Poirot joue le jeu
- Poirot quitte la scène  (Publié post mortem mais écrit plusieurs années au paravent un peu comme un testament)
- Poirot résous trois énigmes
- Pourquoi pas Evans ?
- Rendez-vous à Bagdad
- Rendez-vous avec la mort
- Témoin à charge
- Témoin indésirable
- Témoin muet
- Un cadavre dans la bibliothèque
- Un meurtre est-il facile ?
- Un meurtre sera commis le...
- Un, deux, trois
- Une mémoire d'éléphant
- Une poignée de seigle 

 

 

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